Les
cellules souches dans la recherche sur la MH : Notre position
Par le Dr Harold Robertson, président, Conseil de recherche,
Société Huntington du Canada et Shawn Mitchell, directeur
des communications
Aperçu
Il
y a un an, la Société Huntington du Canada publiait
un article en première page du bulletin Horizon (numéro
101, été 2001) portant sur les cellules souches et
la maladie de Huntington. Rédigé par le Dr Sam Weiss
de l'université de Calgary, une figure de proue de la recherche
sur les cellules souches et membre du conseil de recherche de la
Société, l'article traitait du rôle possible
que les cellules souches pourraient jouer dans la mise au point
d'un traitement de la maladie de Huntington.
Depuis,
les cellules souches ont fait la une des médias et les efforts
de recherche connexes se sont multipliés. Récemment,
les médias se sont penchés sur la réglementation
de la recherche sur les cellules souches. Qui doit en être
responsable? Quel rôle le gouvernement doit-il jouer dans
le contrôle de l'utilisation des cellules souches en recherche?
Quelle est la portée morale, juridique et éthique
de cette recherche?
Au
cours de l'année dernière, le Royaume?Uni et les États?Unis
ont adopté des lois établissant des règles
pour la recherche sur les cellules souches dans leurs pays respectifs.
Le Canada est sur le point de leur emboîter le pas.
Mais
en attendant l'adoption de telles lois, que doivent faire les chercheurs?
Afin de répondre à la demande croissante dans le milieu
scientifique pour des lignes directrices à ce sujet, les
Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont créé
un Groupe de travail spécial sur la recherche avec des cellules
souches.
En
collaboration avec des chercheurs, des avocats et des éthiciens,
tous spécialisés dans le domaine, et à la suite
de consultations publiques, le groupe de travail a publié
le document Recherche sur les cellules souches pluripotentes humaines
: lignes directrices pour la recherche financée par les IRSC.
Ce document établit les conditions en vertu desquelles les
IRSC financeront la recherche sur les cellules souches, de même
que tous les types de recherche non admissibles au financement.
Ces lignes directrices ne touchent pas la recherche financée
par des fonds privés. La législation qui sera adoptée
bientôt par le Gouvernement du Canada fournira des mécanismes
de contrôle qui s'étendront également à
la recherche financée par des fonds privés.
Quelles
sont certaines des implications?
Tout
le débat sur la recherche avec les cellules souches soulève
des questions dans la communauté de la MH. D'abord, pourquoi
la controverse autour des cellules souches? Ensuite, quelles sont
les règles qui régissent ce genre de recherche (c.-à-d.,
quelles sont les lignes directrices des IRSC)? Encore, les cellules
souches sont-elles importantes pour la recherche sur la maladie
de Huntington? Et enfin, quelle est la position de la Société
Huntington du Canada sur l'ensemble du sujet?
Pourquoi
les cellules souches sont-elles controversées?
Généralement
parlant, une cellule souche est une cellule indifférenciée
- c'est à dire qui n'a pas encore une identité morphologique
la désignant comme cellule dermique ou cellule cérébrale,
par exemple - qui peut se régénérer et devenir,
avec certaines limitations, un type de cellule plus spécialisée.
Toutefois,
il existe différents genres de cellules souches et différents
moyens de les obtenir. Là commence la controverse.
Une
cellule souche embryonnaire est une cellule souche tirée
d'un embryon âgé de 4 ou de 5 jours. Au Canada, la
principale source d'embryons sont les cliniques de fertilisation
in vitro. Dans ces cliniques, les embryons cultivés à
partir d'ovules fécondés ne sont pas tous utilisés
dans le processus de reproduction. Ces embryons "de trop"
peuvent être donnés à des laboratoires aux fins
de recherche.
Les
cellules souches embryonnaires sont appelées pluripotentes,
car elles peuvent se transformer en n'importe lequel des centaines
de types de cellules spécialisées qui composent le
corps. Comme ces cellules peuvent devenir n'importe quelle cellule
du corps, elles sont perçues comme les plus importantes pour
les efforts de recherche avec des cellules souches. Pour certaines
personnes, leur utilisation est controversée puisqu'elles
proviennent d'embryons humains non utilisés.
L'adulte
également porte des cellules souches. Ces cellules se retrouvent
dans différents endroits du corps humain et sont donc moins
contestées. Comme elles sont plus âgées que
les cellules souches embryonnaires et qu'elles se trouvent dans
des organes précis du corps, ces cellules ne peuvent pas
devenir n'importe quel type de cellules. Cependant, elles peuvent
se transformer en n'importe quel type de cellules associées
au tissu où elles se trouvent.
Par
exemple, le cerveau humain contient des cellules souches adultes.
Ces cellules souches adultes ne peuvent pas devenir des cellules
dermiques mais elles peuvent devenir n'importe quelles cellules
spécialisées du cerveau. Récemment, les médias
ont rapporté qu'un laboratoire privé aux États?Unis
a déclaré avoir réussi à stimuler des
cellules souches adultes du cerveau d'un patient atteint de la maladie
de Parkinson qui ont remplacé des cellules spécifiques
endommagées par la maladie.
Souvent,
les gens ne distinguent pas entre les différents genres de
cellules souches. Cependant, la différence est importante.
C'est en effet le genre de cellules souches et d'où elles
ont été prises qui font que les cellules souches embryonnaires
- et non toutes les cellules souches - soient controversées.
L'autre
volet qui rend la recherche avec des cellules souches un sujet de
controverse est le clonage. Depuis l'avènement de Dolly,
la brebis clonée, les histoires de possibilité de
clonage humain fusent de partout. Il existe deux sortes de clonage
(c'est comme si on faisait une photocopie génétique)
: le clonage d'un embryon pour créer une nouvelle source
de cellules souches, ou clonage thérapeutique, et le clonage
d'un être vivant pour créer un embryon en vue de l'implanter
dans un utérus et produire un petit, ou clonage reproductif.
La
recherche avec les cellules souches est très prometteuse.
Or, les meilleures sources de cellules souches sont les embryons
et les ftus, où ces cellules sont rapidement dépistées,
plutôt faciles à cultiver et peuvent se différencier
en tout type de cellules. Toutefois, l'usage de cellules souches
en provenance de ces deux sources soulève d'importantes considérations
juridiques et éthiques pour tous.
Quels
sont les règlements sur cette recherche au Canada?
Tel
que mentionné précédemment, le gouvernement
du Canada prépare une législation à cet égard
qui devra entrer en vigueur à l'automne 2002. La nouvelle
loi régira aussi bien la recherche sur les cellules souches
financée par le gouvernement (p. ex., par les IRSC) que la
recherche financée par des fonds privés. Plus précisément,
elle sera axée sur les règles et les règlements
portant sur l'utilisation des tissus embryonnaires et ftaux
conjointement avec diverses techniques de reproduction.
Les
lignes directrices des IRSC ont été élaborées
avant la législation mais en consultation avec les législateurs
chargés de rédiger cette loi. Ces lignes directrices
sont assez longues et complexes. Si vous désirez les consulter
dans leur intégralité, veuillez communiquer avec les
IRSC, au (613) 941?2672, ou rendez-vous au site Web www.irsc.ca.
En
bref, les IRSC financeront la recherche sur les cellules souches
pourvu que :
- les
cellules souches embryonnaires utilisées existent déjà
(c.-à-d. que les chercheurs ont déjà les
cellules souches dans leur laboratoire aux fins de la recherche);
- les
embryons utilisés aient été créés
à l'origine à des fins de reproduction et ne soient
plus requis à cette fin (c.-à-d., lorsqu'un couple
entame le processus de reproduction in vitro pour avoir un enfant,
un grand nombre d'embryons sont crées et implantés
avant que la grossesse n'ait lieu; le couple peut alors choisir
de congeler le reste des embryons pour une grossesse ultérieure,
les donner à la recherche ou demander leur destruction);
- toutes
les personnes pour qui les embryons ont été créés
à l'origine aient donné leur consentement libre
et éclairé (c.-à-d., si un couple veut donner
ses embryons pour la recherche, les deux doivent être informés
des implications) et
- aucune
transaction commerciale n'ait eu lieu dans le processus de création
et d'utilisation des embryons (c.-à-d., il n'y a eu aucun
échange d'argent concernant l'utilisation des embryons
: on n'a pas le droit d'acheter des embryons d'un couple et un
couple n'a pas le droit de vendre ses embryons).
Entre
autres, les IRSC ne financeront pas la recherche comportant un clonage
thérapeutique ou reproductif.
Je
pense que j'ai compris tout cela. Mais les cellules souches sont-elles
importantes pour la recherche sur la maladie de Huntington?
En
général, nombreux aspects de la recherche utilisant
des cellules souches humaines, particulièrement des cellules
souches embryonnaires, peuvent être bénéfiques.
- L'étude
du développement humain et l'identification des facteurs
qui contrôlent la spécialisation des cellules. Ces
points sont essentiels à notre compréhension du
mécanisme et de la cause de déclenchement du gène
au cours du développement humain. Dans le cas de la MH,
on pourra comprendre comment et pourquoi le gène agit de
la façon dont il le fait et s'il y a moyen de l'arrêter.
- La
mise au point de nouvelles méthodes améliorées
d'évaluation des médicaments. Les nouveaux médicaments
peuvent d'abord être testés en laboratoire sur certaines
cellules humaines pour ensuite commencer les essais ordinaires.
Dans le cas de la MH, cela permettrait de sauvegarder les ressources
financières, qui ne sont pas énormes, en réduisant
les coûts élevés des essais sur des médicaments
qui pourraient s'avérer inefficaces.
- La
mise au point de cellules et de tissus aux fins de transplantation
sur des patients souffrant de blessures à des tissus qui
ne se régénèrent pas ou atteints de maladies
neurodégénératives, telles que la maladie
de Huntington. Dans le cas de la MH, la transplantation de cellules
neuronales peut s'avérer une thérapie efficace.
En
bref, la recherche sur les cellules souches pourrait avoir des répercussions
considérables sur la recherche sur la maladie de Huntington,
ce qui doit donner beaucoup d'espoir à l'ensemble de la communauté
MH.
Bon,
quelle est donc la position de la Société Huntington
du Canada à l'égard de la recherche sur les cellules
souches?
À
leur réunion d'avril 2002, les membres du conseil national
de la Société Huntington du Canada ont consacré
quelque temps à la discussion des questions connexes à
la recherche sur les cellules souches, notamment ce que devra être
la position officielle de la Société Huntington. À
la lumière des documents préparatoires qu'ils ont
reçus à l'avance et des discussions menées
par le Dr Harold Robertson, président du conseil de recherche
de la Société, les membres du conseil d'administration
ont décidé à l'unanimité que la Société
Huntington du Canada devrait avoir une politique officielle soulignant
sa position en appui à la recherche sur les cellules souches.
Le
conseil d'administration reconnaît, toutefois, le besoin d'apporter
certaines modifications à cette politique à l'avenir,
afin de se conformer à la nouvelle loi canadienne sur le
sujet.
Énoncé
de principe de la société Huntington du Canada : Recherche
sur les cellules souches
L'une
des principales missions de la Société Huntington
du Canada est de trouver un traitement et, en fin de compte, un
remède à la maladie de Huntington. À cette
fin, la Société se doit d'appuyer toutes les méthodologies
de recherche légales et éthiques ayant le plus grand
potentiel de lui permettre d'atteindre sa mission. Par conséquent,
la Société reconnaît l'importance des cellules
souches pour la recherche mondiale sur la maladie de Huntington.
À
titre de principal porte-parole et bailleur de fonds de la recherche
sur la MH au Canada, la Société Huntington du Canada
appuiera seulement la recherche sur les cellules souches qui soit
conforme aux lignes directrices établies par les Instituts
de recherche en santé du Canada (IRSC) et à la loi
canadienne en la matière, et qui aurait été
approuvée en vertu d'un examen éthique reconnu.
La
Société Huntington du Canada reconnaît le fait
que les membres de la communauté Huntington ainsi que les
autres personnes et organisations qui appuient la cause MH ont des
opinions différentes sur l'utilisation des cellules souches
dans la recherche sur la MH, que ce soit sur bases religieuses,
morales ou éthiques. La Société respecte toutes
les opinions à ce sujet.
La
Société a toujours soutenu le droit des donateurs
d'allouer leurs dons à des domaines ou à des projets
spécifiques. Nous respectons également le droit des
donateurs de préciser que leur don ne doit pas être
utilisé pour financer la recherche avec des cellules souches.
Conclusion
La
Société Huntington a la responsabilité de s'assurer
que toutes les options de recherche ayant le potentiel d'aboutir
à un traitement de la maladie - à condition qu'elles
soient conformes aux lois canadiennes et à l'éthique
de recherche - sont explorées. La recherche sur les cellules
souches ne fait pas exception.
La
Société - représentée par son personnel
et par son conseil d'administration - est toujours ouverte aux opinions
des membres de la communauté Huntington en ce qui a trait
à n'importe quel sujet. Si vous avez des questions ou des
préoccupations relativement à la nouvelle politique
de la Société sur les cellules souches, veuillez communiquer
avec nous au 1 800 998 7398 ou à [email protected].
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