Table
ronde sur la science et la recherche
Par Julie Stauffer
Encore
cette année, le congrès annuel de la Société
Huntington du Canada a su attirer une équipe impressionnante
de chercheurs qui a présenté aux délégués
une mise à jour des progrès cliniques et des découvertes
scientifiques de dernière heure. Les progrès dans
la lutte contre la maladie de Huntington rapportés chaque
année sont une source d'inspiration. L'année 2003
n'a pas fait exception.
Le
présent numéro de Horizon sera axé sur les
présentations de deux membres de la table ronde scientifique
de cette année, à savoir Chris Gregg et le Dr Oksana
Suchowersky. Le numéro du printemps contiendra les points
saillants de la présentation du Dr Susan Andrew.
Chris Gregg : Culture de nouvelles cellules cérébrales
Pendant
des années, les scientifiques pensaient que le cerveau était
incapable de produire de nouvelles cellules. Toute cellule cérébrale
perdue, pensait-on, ne pourra être remplacée. Aujourd'hui,
une multitude de projets de recherche montrent qu'il est possible
de générer de nouvelles cellules cérébrales,
ce qui représente une excellente nouvelle pour la communauté
Huntington.
Chris
Gregg est un étudiant du deuxième cycle en stage dans
le laboratoire de neurosciences du Dr Sam Weiss à l'université
de Calgary, où l'équipe se penche sur les cellules
souches neurales, soit les cellules qui peuvent se développer
et se diviser pour créer de nouvelles cellules cérébrales.
Un
autre étudiant, Brent Reynolds, avait découvert les
cellules souches neurales en 1992. Il avait trouvé que, s'il
mettait des cellules provenant de certaines zones du cerveau dans
une boîte de Pétri et qu'il y ajoutait une hormone
appelée facteur de croissance épidermique, il pourrait
cultiver un agrégat de cellules. Lorsque l'agrégat
est formé, le retranchement du facteur de croissance épidermique
entraîne la croissance des cellules en des cellules cérébrales.
Il s'agissait d'une vraie percée.
À
ce stade là, une question s'est posée : peut-on utiliser
ces cellules souches afin de reproduire des cellules qui remplaceront
le tissu cérébral endommagé?
Selon
Gregg, trois étapes clés entrent en jeu :
- cultiver
les cellules souches en une multitude de nouvelles cellules cérébrales;
-
entraîner la transformation des cellules en un type particulier
qui remplace les cellules cérébrales mortes ou endommagées;
et
-
inciter les nouvelles cellules cérébrales à
loger dans une région déterminée du cerveau.
Grâce
à des expériences sur des rats, Gregg a pu démontrer
que la combinaison de deux substances, soit le facteur de croissance
épidermique (EGF) et l'érythropoïétine
(EPO), fait l'affaire. L'EGF facilite également la croissance
et la division des cellules souches, ainsi que leur migration dans
la région affectée du cerveau. L'EPO également
favorise la migration des nouvelles cellules cérébrales
dans la région affectée et les spécialise dans
le type approprié de tissu.
Dans
ces essais, les chercheurs ont endommagé des parties du cerveau
des rats, par intervention chirurgicale, de façon à
copier les effets d'un accident cérébro-vasculaire.
Un rat utilise normalement les deux pattes de façon égale.
Après la chirurgie, les rats affectés ne pouvaient
plus utiliser leurs pattes gauches.
La
bonne nouvelle : les rats traités au moyen de la co-prescription
d'EGF et d'EPO ont pu reprendre le fonctionnement normal de leurs
pattes gauches. Lorsque les chercheurs ont examiné le cerveau
de ces rats, ils ont constaté qu'un nouveau tissu a été
formé pour remplacer le tissu endommagé. Si ce tissu
est enlevé, le rat perdra de nouveau le fonctionnement de
ses pattes gauches.
Le
laboratoire de Gregg a commencé l'essai de la co-prescription
sur un modèle de la maladie de Huntington : une souris présentant
des lésions dans le striatum, l'une des régions du
cerveau détruites par la MH.
Nous
ne connaîtrons les résultats que dans deux à
cinq ans. " Le processus est lent, reconnaît Gregg, mais
c'est normal dans les circonstances. " Cependant, on espère
que les résultats seront bons et que la co-prescription EGF/EPO
sera aussi efficace dans le traitement de la souris atteinte de
la MH qu'elle ne l'était dans le traitement du rat victime
d'un ACV.
Le Dr Oksana Suchowersky : Un éventail d'essais cliniques
Le
Dr Suchowersky est neurologue à la Calgary's Movement Disorders
Clinic et professeure de neurosciences et de génétique
médicale à l'université de Calgary. Sa présentation
a souligné les essais cliniques coordonnés par le
Groupe d'étude sur la maladie de Huntington (HSG), un consortium
international ayant des sites de recherche autour du monde.
"
Nous avons beaucoup de projets actifs ", précise le
Dr Suchowersky. Et elle n'est pas en train d'exagérer. Elle
a mis l'accent sur sept essais du HSG qui sont soit en cours, soit
juste terminés, soit sur le point de commencer. Voici ce
qu'il en est.
CARE-HD
L'essai CARE-HD vient de finir. L'objectif en était de voir
si la coenzyme Q10 et le remacemide pouvaient ralentir la progression
de la MH. Malheureusement, les résultats n'étaient
pas aussi bons que tout le monde l'espérait. Après
18 mois, les patients traités au remacemide ont présenté
une légère baisse de la chorée. Les patients
traités à la coenzyme Q10 ont montré un peu
moins de progression; toutefois, la valeur statistique des résultats
n'était pas significative et un plus grand nombre d'études
est nécessaire afin de confirmer les effets. Puisque les
effets du remacemide étaient négligeables, le HSG
n'utilisera plus cette substance.
Une
étude plus large de la coenzyme Q10 est en préparation
dans le but de découvrir si cette substance ralentit vraiment
la progression de la MH. Selon le Dr Suchowersky, l'essais era entamé
l'année prochaine.
MINO-HD
Un petit essai MINO-HD est actuellement en cours afin de tester
les effets de la minocycline sur le ralentissement de la progression
des symptômes de la maladie de Huntington. Il s'agit d'un
antibiotique utilisé par les dermatologues dans le traitement
de l'acné. L'innocuité du produit est plutôt
prouvée vu que les adolescents l'utilisent depuis des années.
Toutefois,
puisque la minocycline peut causer des problèmes d'étourdissement
et de perte d'équilibre, le HSG effectue des tests sur un
nombre restreint de patients en vue de constater les effets secondaires
possibles et d'évaluer la pertinence d'une étude à
plus large échelle. Restez à l'affût des résultats.
Base
de données UHDRS
L'une des plus importantes entreprises du HSG est la mise en place
d'une base de données dans le but d'effectuer le suivi de
la progression de la MH chez un nombre important de patients. La
base de données utilise l'échelle uniforme de mesure
de la maladie de Huntington (UHDRS) qui est en fait une série
de tests d'évaluation des symptômes de la MH. Si votre
neurologue vous a déjà demandé de regarder
ainsi, de faire ceci, de tendre la langue, etc. vous savez ce qu'est
l'UHDRS.
L'importance
de la base de données, selon le Dr Suchowersky, réside
dans le fait qu'en sachant comment les symptômes progressent
normalement chez un très grand nombre de patients les chercheurs
seront en mesure de juger l'efficacité des nouveaux médicaments.
PHAROS
PHAROS (Étude par observation des personnes à risque)
est un essai d'envergure actuellement en cours qui implique l'observation
des personnes à risque d'avoir la MH mais qui ignorent ou
ne veulent pas savoir si elles sont porteuses du gène. L'objectif
de l'étude est de trouver quels sont les premiers symptômes
et d'améliorer la capacité des médecins de
les détecter.
Le Dr Suchowersky a déclaré que l'étude n'accepte
plus de participants et a remercié tous ceux qui y prennent
part.
PREDICT-HD
Le HSG recrute actuellement des porteurs du gène de la MH
afin de participer à l'étude PREDICT-HD qui implique
de nombreuses observations cliniques détaillées, des
tests par IRM et des tests neuropsychologiques. Là aussi,
il s'agit de constater les premiers symptômes, ce qui est
extrêmement important lorsque des médicaments qui ralentissent
la progression sont trouvés. Le Dr Suchowersky encourage
toute personne intéressée à participer à
cette étude.
TETRA-HD
Aux États-Unis, le HSG a lancé un essai clinique sur
la tétrabénazine, un médicament qui amoindrit
la chorée. Le médicament est utilisé au Canada
depuis 20 ans, mais ne l'a jamais été aux États-Unis.
À
l'horizon
Une multitude de recherches captivantes se déroulent dans
des laboratoires de par le monde et le HSG collabore étroitement
avec tous ces chercheurs de base. Aussitôt qu'un résultat
prometteur est obtenu sur le modèle de souris ou de mouche
à fruits, le HSG initie un essai impliquant des sujets humains
afin de constater l'innocuité de la substance et son efficacité
sur les patients. En participant volontairement à ces essais
cliniques dont l'objectif est de prouver l'efficacité des
thérapies, les personnes atteintes de la MH et les personnes
à risque jouent un rôle très important.
Le
Dr Suchowersky a clôturé son intervention en stressant
l'importance de l'appui que nous fournissons. " Le HSG ne peut
pas faire ce qu'il fait sans l'appui de la Société
Huntington du Canada. Et j'aimerais vous en remercier très
sincèrement. "
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