L'interférence
au-delà de l'ADN
Par Shawn Mitchell, directeur,
communication et développement de bénévoles
Au
printemps dernier, des chercheurs de l'université de l'Iowa
ont soulevé l'enthousiasme de la communauté scientifique
en démontrant la possibilité de mettre en sommeil
un gène mutant (comme celui qui cause la maladie de Huntington)
au moyen de la méthode de l'ARN interférence, ou ARNi.
Les résultats montrent que cette technique de silençage
génique pourrait être utile un jour dans le traitement
d'un grand nombre de maladie chez l'humain, notamment la maladie
de Huntington.
Lisez
bien
L'ADN
d'une personne contient l'ensemble de son information génétique
et les milliers de gènes qui sécrètent les
protéines responsables de ce que nous sommes. Nous sommes
constitués d'un millier de cellules individuelles, chacune
portant une copie du même ADN. Seule une faible quantité
de l'ADN est exprimée dans chaque cellule. La partie de l'ADN
exprimée dans chacune des cellules est copiée dans
une version ARN de l'ADN. L'ARN, ou plus spécifiquement l'ARN
messager (ARNm), fournit l'information nécessaire à
la sécrétion d'une protéine en particulier.
On
pourrait comparer le corps humain à une maison. Si l'ADN
est l'image que se fait le constructeur de la maison une fois bâtie,
l'ARN est le dessin tridimensionnel détaillé que les
travailleurs sont censés suivre. Ainsi, L'ARN interférence
ne joue aucun rôle dans le changement des plans de la maison
mais souligne plutôt un détail précis de ces
plans, comme l'emplacement de la salle de bain ou des escaliers.
Le
fonctionnement de l'ARNi
Chaque
gène est formé de deux copies, l'une provenant de
la mère et l'autre du père. Lorsqu'une personne reçoit
une copie mutante du gène de la MH de l'un de ses parents,
elle développe inévitablement la maladie. Les chercheurs
de l'université de l'Iowa ont montré qu'il est possible
de paralyser la copie mutante du gène sans toutefois affecter
la copie normale. Pour y parvenir, l'ARNi est utilisé afin
de détruire l'ARNm formé par la huntingtine du gène
mutant; l'ARNm formé par la huntingtine du gène normal
reste intact. L'inhibition de la copie mutante seule a été
un volet essentiel de ce projet puisque les recherches précédentes
ont montré que la protéine sécrétée
par la copie normale joue un rôle dans le fonctionnement normal
de la cellule.
"
En présence d'un mauvais gène, il suffit de paralyser
la copie dysfonctionnelle et de laisser la copie normale puisqu'elle
remplit convenablement ses fonctions ", a déclaré
Victor Miller, étudiant du 2e cycle de l'UI et principal
auteur de la recherche. " Théoriquement, ça semble
facile, mais techniquement, ce n'est pas évident
Ce
travail prouve bien le principe mais reste loin de la réalisation
clinique. "
Le
processus
Au
moyen d'une culture cellulaire (en d'autres termes, quelques cellules
spéciales dans un récipient), les chercheurs ont utilisé
une technique relativement nouvelle, connue sous le nom de ARN interférence
(ARNi) afin de paralyser, ou de détruire, l'ARNm formé
par le gène mutant de la maladie de Machado-Joseph, un trouble
neurodégénératif connu également sous
le nom d'ataxie spinocérébelleuse de type 3, tout
en ne touchant pas au produit du gène normal.
La
maladie de Machado-Joseph (MMJ), la maladie de Huntington et au
moins sept autres troubles neurodégénératifs
sont tous causés par le même type de mutation génétique.
Le défaut génétique dans ces maladies produit
une protéine mutante sécrétée dans les
cellules du cerveau, qui se groupe en agrégats et finit par
endommager ou détruire les cellules cérébrales.
L'équipe de recherche a choisit de travailler sur la maladie
de Machado-Joseph car elle représente un modèle idéal
pour ce genre d'affections neurodégénératives.
Lisez
bien
Chaque
gène est formé de codes, ou séquences d'acide
aminé. Ces séquences sont extrêmement longues
et complexes. Également, elles ne sont pas toujours parfaites.
Parfois, elles contiennent de petites erreurs ou différences
désignées sous le nom de polymorphismes d'un nucléotide
simple (PNS). Les PNS peuvent être sans conséquences.
Toutefois, lorsque les erreurs dans les séquences sont graves,
elles peuvent entraîner la mutation de gènes tels que
celui de la Maladie de Huntington.
En
premier lieu, les chercheurs ont ciblé l'ARNi sur la copie
mutante du gène, plus spécifiquement le volet atteint.
La technologie de l'ARNi a supprimé autant la copie mutante
que la copie normale du gène.
Les
chercheurs ont alors remarqué, sur la copie mutante, une
seule séquence différente dans le codage du gène,
tout près de la séquence mutante. Il s'agit d'un PNS.
Les chercheurs ont donc décidé de cibler le PNS. L'ARNi
a pu distinguer entre la copie mutante et la copie normale de l'ARNm
et n'a supprimé que la copie mutante.
Le
fait que l'ARN interférence puisse distinguer les copies
du gène en fonction du polymorphisme d'un nucléotide
simple est une grande découverte puisque l'ADN de chaque
personne se démarque par les variations uniques de lettres
dans le code génétique. Ainsi, il devient possible
d'utiliser l'ARNi afin de viser des PNS associés à
des gènes spécifiques en vue de les manipuler.
L'importance
de cette recherche
L'ARN
interférence a été acclamé par le journal
américain Science comme la plus importante percée
de l'année. Nancy Wexler, présidente de la Hereditary
Disease Foundation, à New York, a déclaré :
" La première fois que j'ai entendu parler de cet accomplissement,
j'ai eu le souffle coupé. "
Les
travaux accomplis sur les cultures de tissus ont démontré
qu'il sera possible à l'avenir d'utiliser les techniques
de génothérapie qui se servent de l'ARNi afin de réduire
l'expression de la huntingtine mutante. Toutefois, avant de pouvoir
utiliser cette technique pour traiter la maladie de Huntington,
une recherche fondamentale considérable est nécessaire.
Par exemple, il faut trouver le véhicule de transmission
au cerveau des molécules chargées de détruire
la copie mutante de l'ARNm. Par ailleurs, les chercheurs doivent
s'assurer de l'innocuité de ces molécules dans les
cellules animales avant d'entamer tout essai sur les humains. Le
Dr Eileen Denovan-Wright, qui est membre du Conseil de recherche
de la Société Huntington du Canada et qui effectue
des recherches sur l'ARNi, est optimiste mais prudente. Nous avons
toute raison d'espérer qu'un vrai traitement contre la MH
sera bientôt disponible.
En
bref
Les
gènes de chaque personne sont formés de deux copies
: une provenant de la mère et l'autre du père. La
maladie de Huntington survient lorsqu'une personne hérite
d'une copie mutante de l'un de ses parents. La copie provenant de
l'autre parent peut très bien être normale.
Dans
les essais sur des cellules vivantes, les chercheurs ont trouvé
le moyen d'empêcher la copie mutante (en présence d'une
maladie génétique proche de la MH) de produire la
protéine toxique qui provoque la mort des cellules cérébrales
et ce, sans endommager la copie normale du gène, nécessaire
au fonctionnement normal de la cellule. Ce processus est appelé
ARN interférence, car les chercheurs utilisent l'ARN (un
important polymère qui fonctionne à l'intérieur
de la cellule, avec l'ADN) afin d'interférer avec ou d'inactiver
la copie mutante du gène.
L'ARN
interférence est un type de génothérapie qui
est encore à un stade expérimental. Donc, bien que
les résultats de la recherche soient importants, il faudra
attendre des années avant que l'utilisation de ce genre de
technique soit possible sur les humains.
Sources
Bob
Holmes. Gene Therapy may switch off Huntington's. Le 13 mars 2003,
tel qu'affiché sur <http://www.newscientist.com>.
John
Cornwell. The Elixir of Life. Le 25 mai 2003, tel qu'affiché
sur <http://www.hdfoundation.org>.
University
of Iowa News Release. UI Researchers Selectively Silence Disease-Causing
Gene. Le 27 mai 2003.
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